lethanol

La Mauny - 2005 - pour la Confrérie du Rhum - 49,7% - 2017

C'est maintenant une habitude bien ancrée dans le paysage du rhum, la sortie deux fois par an d'une cuvée de la confrérie, le premier rendez-vous de l'année 2017 est donné par La Mauny. 

Pour être très honnête, La Mauny est une maison pour laquelle mon niveau de sympathie a été extrêmement faible pendant des années. La refonte de la gamme en 2015 sur un thème qui semble être celui des finitions malheureuses m'avait achevé à sa présentation.... Vous reprendrez bien un peu de rhum aromatisé bourbon-porto-cognac-moscatel ? 

"'Tain, ils ont vraiment choisi ça ou c'était le seul truc dispo ?" 

-Moi, Janvier  2017

Finalement quand Benoît Bail * m'a mis dans la confidence j'ai été rassuré ; voyez plutôt:

Millésime 2005, 11 ans en fût de chêne français neufs, il a été réduit légèrement en deux fois durant le vieillissement , c'est donc brut de fût car non-réduit après soutirage. Seulement 1000 bouteilles sont disponibles pour un PVC de 90€.  Et attention, c'est du 70 cl, bordel que ça fait du bien dans cette époque sombre qui voit la contenance des bouteilles diminuer régulièrement. Mais place à la dégustation !

Le nez est franc et me fait (pas si) curieusement penser à un jeune cognac de producteur de par sa vivacité, sa fougue et sa fraicheur, signe de l'influence primordiale du bois. Je suis ici face à un rhum tertiaire**,  les épices classiques structurent ce nez, cannelle en tête suivie de la vanille et de la cardamome, toutes aussi traditionnelles, les pointes de noix de coco et de tabac.
Bon point, la fraicheur balsamique du pin des Vosges. Les notes florales de la canne sont au second plan avec le fruité d'un raisin blanc qui apporte de l'élégance. Un nez qui donne envie d'en savoir plus !

La bouche est bien équilibrée en alcool et confirme le nez,  un déploiement de tanins qui forment la colonne vertébrale du rhum et offrent un palais sec. Elle ne révèle pas de notes que le nez n'auraient pas déjà dévoilées. Mais la constance est aussi une qualité et j'aime ce coté simple et efficace alors que la tendance va plutôt vers une sophistication ridicule. 

La finale peut remercier les tanins qui offrent une belle longueur sur la noix de coco et la cannelle, à noter une très légère amertume qui me plait beaucoup, un peu dans le style de celle d'un bon chocolat noir. 

J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir cette nouvelle cuvée et je ne doute pas de son succès qui installera un peu plus la confrérie comme un incontournable du paysage rhum. Mais il y a tout de même un défaut: Le manque de personnalité, mais cela est symptomatique de la production agricole des acteurs historiques qui peine à se mettre à se renouveler, mais nous en reparlons une autre fois ! 

Pour finir sur la maison qui a crée ce produit, espérons que c'est un premier pas pour La Mauny dans la direction qui fera sortir la marque de la vaste catégorie des rhums sans âme. Car cette cuvée le prouve, ils savent produire un jus de qualité, reste à se trouver un style...

Une note ? Un bon 85/100 pour un beau/bon produit !



* Benoît est le créateur/administrateur de la page Facebook " La confrérie du rhum" pour les deux du fond qui n'ont pas suivi :)
** Tertiaire, se dit des arômes venant de la maturation, par opposition aux primaires de la matière première, et secondaires de la fermentation.